Tu te rends compte que tu es à un tournant décisif de ta vie, tu battis en ce moment même les fondations de ce qu'on appelle communément « l'avenir », tu es comme tout le monde, toi aussi tu as envie de taper la personne qui ose te demander « alors, tu veux faire quoi plus tard ? », pour toi, ce « plus tard » ne veut pas encore dire grand chose et tu réponds inlassablement « fichez-moi la paix ». Alors que cette question ne te laissera jamais en paix. C'est vrai ça, tu vas faire quoi de ta foutue vie plus tard ? Tu n'es pas naïf, tu sais très bien que tu veux quelque chose qui paie bien et pourtant, tu détestes les gens qui n'ont aucune passion pour leur travail, ces gens qui ne pensent qu'à l'argent et aux intérêts qu'ils pourront en tirer. Tu veux un métier glorifiant, être utile pour quelqu'un et avoir des responsabilités, on veut tous être indispensable quelque part. Indispensable, peut-être pas d'accord, mais au moins améliorer autant la vie qu'on peut. On voudrait un métier qui ne stagne pas, qui grandit avec nous, un métier qui nous correspond, qui nous colle à la peau. On est bien gentil, quand on nous demande une réponse obligatoire on répond « médecine » avec un petit sourire comme il faut. C'est mignon la médecine, il faut travailler, tu gagnes bien ta vie, tu sauves des vies. C'est bien mignon la médecine. Mais faut arrêter de se voiler la face, ce n'est pas l'échappatoire de toutes les âmes en perdition, il faut avoir la vocation, le sentir au fond de ses tripes. Oui, papa et maman seront bien contents si tu réussis en médecine et tu réussiras, tu as les capacités, tu gagneras très largement ta vie et tu pourras fonder une famille sans craindre les besoins. Mais il n'y aura quoi derrière tout ça ? Le vide, pas d'envie, pas de passion, pas de don particulier en somme. Une vie banale, bien payée, bien comme il faut. Chouette, j'aurais évité bien des déboires en ce qui concerne les études, j'aurais une petite famille comblée, j'aurais accompli quand même des choses. C'est vrai ça, à quoi bon se donner une chance d'avoir une vie qui nous plait, à quoi bon se trouver sa propre voie au lieu de marcher dans les traces de quelqu'un, ce qui est ma foi beaucoup plus facile. « C'est sympas la médecine, tu fais du relationnel, tu gagnes beaucoup, tu sauves des gens, c'est sympas. Pourquoi n'en serais-je pas ? », Certes tu auras trouvé ta place quelque part, une petite place moulée sur mesure mais il faut que tu comprennes quelque chose, ce n'est pas parce que certaines personnes se plaisent là-dedans que tu y trouveras toi aussi ton bonheur. Ce n'est pas parce que c'est quelque chose de bien à faire de sa vie que c'est la seule possibilité. La vérité c'est que tu as juste peur, peur de ne pas trouver ta place à toi, ta vocation, le petit but de ta petite vie, oui, la vérité c'est que tu es juste morte de peur.